Décret Tertiaire : erreurs fréquentes et fausses bonnes solutions

Le Décret Tertiaire impose une réduction progressive et mesurée des consommations d’énergie des bâtiments tertiaires.
S’il est désormais bien identifié par les acteurs, sa mise en œuvre reste parfois mal comprise, donnant lieu à des erreurs récurrentes et à des fausses bonnes solutions qui peuvent fragiliser la conformité réglementaire.
Alors, quelles sont les erreurs les plus fréquentes dans l’application du Décret Tertiaire ? Et pourquoi certaines solutions, pourtant séduisantes, peuvent s’avérer contre-productives ?
Rappel : ce qu’impose réellement le Décret Tertiaire
Le Décret Tertiaire, issu de la loi ELAN, repose sur une obligation de résultat, et non de moyens.
Les bâtiments tertiaires de plus de 1 000 m² doivent démontrer une réduction effective de leurs consommations d’énergie finale, selon une trajectoire réglementaire définie.
Ce sont les consommations réelles mesurées qui font foi, pas les intentions ni les investissements engagés.
Erreur n°1 : penser que les travaux suffisent
Le mythe de la rénovation comme solution unique
L’une des erreurs les plus courantes consiste à croire que des travaux de rénovation énergétique suffisent à garantir la conformité au Décret Tertiaire.
En réalité :
- les travaux prennent du temps
- leurs effets sont progressifs
- leur performance dépend fortement de l’exploitation
Un bâtiment rénové mais mal piloté peut continuer à surconsommer.
Sans action sur les usages, les travaux seuls ne sécurisent pas la trajectoire réglementaire.
Erreur n°2 : confondre efficacité énergétique et sobriété d’usage
Une confusion fréquente… et risquée
Beaucoup de démarches se concentrent exclusivement sur :
- le remplacement d’équipements
- l’amélioration du rendement
- la performance technique
Or, l’efficacité énergétique n’agit pas sur :
- les horaires de fonctionnement
- les consignes appliquées
- les pratiques quotidiennes
La sobriété d’usage est pourtant le levier le plus rapide et le plus transversal pour réduire les consommations.
Erreur n°3 : mal choisir entre valeur relative et valeur absolue
Un choix stratégique souvent sous-estimé
Le Décret Tertiaire permet de se conformer via :
- la valeur relative (réduction en pourcentage),
- ou la valeur absolue (atteinte d’un seuil réglementaire).
Une erreur fréquente consiste à :
- choisir par défaut
- suivre un conseil générique
- ne pas analyser les usages réels
Un mauvais choix peut rendre la trajectoire inutilement contraignante, voire inatteignable.
Erreur n°4 : considérer OPERAT comme une simple formalité administrative
La déclaration ne fait pas la conformité
La plateforme OPERAT, pilotée par l’ADEME, est parfois perçue comme un simple outil déclaratif.
Or :
- OPERAT reflète la performance réelle
- les données sont comparables dans le temps
- elles conditionnent la reconnaissance réglementaire
Déclarer sans piloter revient à constater l’échec, pas à l’éviter.
Erreur n°5 : multiplier les solutions techniques sans cohérence globale
L’illusion de l’empilement de solutions
GTB, capteurs, outils de monitoring, tableaux de bord…
Certaines organisations multiplient les solutions sans stratégie claire.
Résultat :
- des données peu exploitées
- des outils sous-utilisés
- des équipes peu impliquées
Sans vision d’usage et sans pilotage humain, la technologie seule ne produit pas de résultats durables.
Fausses bonnes solutions : ce qui rassure mais ne suffit pas
- Investir sans changer les pratiques
- Installer une GTB sans revoir les consignes
- Communiquer sans mesurer
- Déclarer sans suivre les consommations
- Attendre les travaux pour agir
Ces approches donnent l’illusion de l’action, mais ne garantissent ni la conformité, ni la performance réelle.
La clé pour éviter ces erreurs : replacer les usages au centre
Le Décret Tertiaire ne peut être respecté durablement que si :
- les usages sont analysés
- les dérives sont corrigées
- les équipes sont impliquées
- les résultats sont mesurés et suivis
La sobriété d’usage n’est pas un complément : elle est le socle de réussite du dispositif.
Décret Tertiaire : de l’erreur à la stratégie
Éviter les erreurs fréquentes du Décret Tertiaire, c’est :
- comprendre la logique réglementaire
- distinguer moyens et résultats
- structurer une trajectoire réaliste
- transformer l’obligation en levier de performance
Les démarches les plus efficaces sont celles qui combinent pilotage, usages et mesure, avant même d’investir.
Ce qu’il faut retenir
- le Décret Tertiaire impose des résultats mesurés
- les travaux seuls ne suffisent pas
- les usages sont déterminants
- certaines solutions techniques sont de fausses bonnes idées
- la conformité repose sur le pilotage dans le temps
En conclusion, dans le Décret Tertiaire, l’erreur la plus coûteuse est de croire qu’il existe une solution simple à un enjeu structurel.
Pour aller plus loin :
- Sobriété d’usage : le levier oublié des politiques énergétiques
- Décret Tertiaire : obligations, objectifs et calendrier
- Décret Tertiaire : valeur relative ou valeur absolue, que choisir ?
- Décret Tertiaire : pourquoi les usages sont déterminants
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