PPE 3 : une transformation du système énergétique portée par l’électrification et le rôle stratégique du bâtiment !

Publiée le 13 février 2026, la troisième Programmation Pluriannuelle de l’Energie (PPE 3) fixe la trajectoire énergétique de la France pour la période 2026-2035. Elle s’inscrit dans la stratégie française pour l’énergie et le climat, avec un objectif central : atteindre la neutralité carbone à l’horizon 2050 tout en renforçant la souveraineté énergétique.
La PPE 3 repose sur un équilibre entre sobriété, électrification et développement massif des énergies décarbonées. Elle prévoit notamment une hausse significative de la consommation d’électricité, estimée à +40 % entre 2023 et 2035, dans un contexte de réduction progressive des énergies fossiles.
Augmenter la production de toutes les énergies souveraines et décarbonées, pour réduire la dépendance aux énergies fossiles
Le premier pilier de la PPE 3 consiste à renforcer la production d’énergies décarbonées afin de garantir la sécurité d’approvisionnement et réduire la dépendance aux importations fossiles.
La stratégie repose sur un mix diversifié combinant nucléaire et énergies renouvelables, considérées comme complémentaires : le premier apporte une production pilotable, tandis que les secondes permettent une production locale et flexible.
La PPE 3 fixe également des objectifs ambitieux sur les filières non électriques décarbonées.

Ces évolutions traduisent une transformation profonde du système énergétique, avec un recours croissant aux ressources nationales. La PPE 3 fixe également un objectif de division par deux de la part des énergies fossiles entre 2023 et 2035.
Enfin, la planification intègre le développement des réseaux, du stockage et du pilotage de la demande, afin d’accompagner l’intégration croissante des énergies renouvelables et de garantir l’équilibre du système.
Consommer moins d’énergie, mais plus d’électricité décarbonée (électrification des usages bâtiment / transport)
Le second axe repose sur un principe structurant : réduire la consommation globale d’énergie tout en augmentant la part de l’électricité décarbonée.
La PPE 3 prévoit une transformation profonde des usages énergétiques, en combinant sobriété et efficacité énergétique avec une électrification massive. Le tout, en réduisant de 50% la consommation d’énergie finale (tous secteurs confondus).

Dans ce cadre, l’électricité devient le vecteur central de la transition énergétique. L’augmentation de la demande est portée par plusieurs secteurs :
- Le bâtiment, avec le déploiement massif des pompes à chaleur plus que de la rénovation énergétique d’ailleurs,
- Les transports, via l’essor des véhicules électriques,
- L’industrie, avec l’électrification des procédés et le développement de l’hydrogène.
La PPE 3 souligne que cette électrification s’accompagne d’un effort majeur d’efficacité énergétique, afin de limiter la hausse globale des consommations tout en décarbonant les usages.
Le bâtiment devient un actif énergétique : le bâtiment ne fait plus que consommer, il pilote sa puissance
L’un des apports majeurs de la PPE 3 réside dans l’évolution du rôle du bâtiment, désormais considéré comme un acteur à part entière du système énergétique.
Du consommateur au producteur
La PPE 3 encourage le développement de la production locale d’énergie, notamment via les énergies renouvelables intégrées au bâtiment (solaire, chaleur renouvelable). Elle favorise également l’autoproduction et l’autoconsommation, qui deviennent des leviers structurants du système énergétique.
Consommer moins mais surtout mieux
Dans la PPE 3, l’objectif de la baisse de la consommation énergétique finale du bâtiment (résidentiel) pour 2035 est comprise entre 20 et 25 % par rapport à 2019, soit 5 à 7 % de moins qu’en 1990. C’est peu mais il faut dire qu’en 30 ans tout kWh économisé lié à la sobriété et efficacité énergétique a été compensé par la croissance du parc résidentiel et tertiaire.

La sobriété immobilière est un enjeu pour la réussite de la PPE 3 et de la SNBC 3. Restera à savoir si ménages et entreprises auront les moyens de payer des dépenses énergétiques en hausse et dans le temps.
Le pilotage de la demande : du kWh au KW
Le bâtiment devient un outil de flexibilité. La PPE 3 insiste sur le développement du pilotage de la demande d’énergie, permettant d’ajuster la consommation en fonction des besoins du réseau.
Cela repose sur :
- des systèmes de gestion énergétique,
- le pilotage des équipements (chauffage, climatisation, recharge électrique),
- des mécanismes d’effacement ou de décalage de consommation.
Les candidats de CUBE Flex, concours d’économie d’énergie aux heures de pointe, montrent que les gisements dans le tertiaire existent : 7% de flexibilité régulière et 20% aux journées en tension sur le réseau lors de journée fictive EcoWatt rouge. Pour un passage à l’échelle, les acteurs de la filière travaillent à l’émergence d’un modèle économique. Le KW ou W/m² pourrait devenir une nouvelle métrique pour le bâtiment.
Dans ce nouveau modèle, le bâtiment apparaît comme un pilier central : à la fois levier de sobriété, support d’électrification et acteur de flexibilité, il devient un élément clé de l’équilibre énergétique futur.
Du bâtiment conforme au bâtiment en trajectoire : le vrai changement
La PPE 3 marque un tournant. Elle ne se contente plus de fixer des objectifs. Elle impose une dynamique. Dans ce contexte, une question devient centrale : comment rester dans la trajectoire dans la durée ?
C’est précisément là que l’action collective prend tout son sens.
Le Championnat de France des économies d’énergie permet de transformer cette trajectoire en réalité concrète. Il mobilise les équipes, mesure les progrès et valorise les résultats. Rejoindre le championnat, c’est passer de l’intention à l’action. C’est faire de la transition énergétique un véritable levier de performance collective.
Vers un grand plan d’électrification de l’économie française
Au-delà des objectifs sectoriels, la PPE 3 s’inscrit dans une dynamique beaucoup plus large : celle d’un véritable plan d’électrification de l’économie française1 . L’enjeu n’est plus seulement énergétique, mais industriel, économique et géopolitique.
En effet, la France reste aujourd’hui fortement dépendante des importations d’énergies fossiles, notamment le pétrole et le gaz, qui représentent un coût d’environ 60 milliards d’euros par an. La stratégie portée par la PPE 3 vise donc explicitement à substituer ces énergies importées par de l’électricité produite sur le territoire, majoritairement décarbonée.
Cette transformation repose sur une électrification massive des usages :
- déploiement des véhicules électriques,
- généralisation des pompes à chaleur dans le bâtiment,
- électrification des procédés industriels,
- montée en puissance des usages numériques et des data centers.
Ce basculement implique un changement d’échelle inédit. Il ne s’agit plus seulement de produire plus d’électricité, mais de reconfigurer l’ensemble du système énergétique autour de l’électricité, en intégrant les enjeux de réseau, de stockage et de flexibilité. Dans ce cadre, le bâtiment – capable de produire, stocker et piloter l’énergie – devient un maillon essentiel de ce futur système.

