Baromètre des flexibilités 2026 : ce que ça change pour les bâtiments tertiaires

Le 16 avril 2026, RTE, Enedis, Think Smart Grids, GIMELEC, IGNES, la Smart Buildings Alliance et ACTEE ont publié la deuxième édition du Baromètre des flexibilités de consommation d’électricité1. Il rend un verdict sans ambiguïté. Les outils sont désormais en place, les signaux économiques se renforcent, mais les courbes de consommation n’ont pas encore bougé. Par ailleurs, le Baromètre ne part pas de zéro. Lorsque les auteurs du Baromètre cherchent à étayer le potentiel de flexibilité du tertiaire par des données de terrain, c’est vers CUBE Flex qu’ils se tournent. Le concours y est mentionné comme l’une des rares sources de mesures réelles à l’échelle nationale.
Un document structurant
Depuis 2024, le Baromètre suit chaque année la trajectoire de déploiement des flexibilités de la demande dans le tertiaire et le résidentiel. Il ne se contente pas d’un instantané : il mesure l’écart entre le potentiel théorique et la réalité des courbes de charge. Il s’appuie alors sur des données opérationnelles issues d’Enedis, des industriels de la filière et de programmes comme CUBE Flex.
Son message central pour 2026 est dense et précis. Electrifier les usages ne suffit pas — il faut les piloter intelligemment. Dans un système électrique où le solaire s’impose à grande vitesse et où les prix de marché varient du simple au triple entre l’après-midi et la soirée, un bâtiment qui consomme sans discernement horaire laisse de l’argent et de la valeur réseau sur la table.
Les six points saillants du baromètre des flexibilités 2026
1. La consommation nationale stagne, l’électrification tarde
La consommation d’électricité française reste stabilisée autour de 450 TWh, soit encore 6 % en dessous des niveaux d’avant-crise. La part de l’électricité dans la consommation finale n’a pas progressé depuis dix ans. La décarbonation exige un basculement fossile-électrique massif — il ne s’est pas encore concrétisé dans les chiffres.
2. Un nouveau paradigme : la flexibilité quotidienne remplace l’effacement ponctuel
Pendant des années, la flexibilité a été synonyme d’effacement sur les quelques dizaines de jours de pointe annuels. Le Baromètre 2026 acte un changement de référentiel. Il s’agit désormais de décaler et moduler la consommation chaque jour de l’année, en tirant parti des creux solaires de l’après-midi. Le document distingue deux régimes : la flexibilité régulière et la flexibilité dynamique. La première est la programmation fixe évitant les pointes les matin et le soir. La flexibilité dynamique est l’adaptation de la consommation, la veille pour le lendemain.
3. La « duck curve » se creuse — et crée une opportunité économique massive
Le déploiement solaire a atteint +5,9 GW en France en 2025. La courbe de consommation résiduelle se déforme chaque année davantage. Les après-midis affichent des prix de gros très bas, parfois négatifs, tandis que les soirées restent tendues. Sur l’ensemble de l’année 2025, le prix moyen de l’électricité entre 18 h et 21 h était 111 % plus élevé que le prix entre 10 h et 18 h — contre 77 % seulement en 2024. Pour tout bâtiment capable de décaler ses usages (CVC, eau chaude sanitaire, recharge de véhicules électriques), l’enjeu économique est immédiat.
4. Le tertiaire représente 30 % de la consommation nationale — et le déploiement BACS est en retard
Les bâtiments de bureau, commerces, établissements d’enseignement et de santé pèsent environ 30 % de la consommation électrique française. Tous ont un profil de charge très concentré sur les pointes du matin. Or la filière ne compte aujourd’hui que 30 000 à 32 000 BACS (Building Automation and Control Systems) installés. Ce chiffre est alors loin de l’objectif de 100 000 bâtiments équipés à horizon 2030. Le Baromètre pointe un obstacle organisationnel précis : les acheteurs d’énergie sont souvent déconnectés des équipes de gestion technique des bâtiments. Cette déconnexion crée alors une fracture entre le signal tarifaire et la décision opérationnelle.
5. Flex Ready® et NEBCO : les briques manquantes sont désormais disponibles
Deux avancées majeures ont été concrétisées en 2025. Le standard Flex Ready®, porté par Think Smart Grids, est passé du concept à la réalité industrielle. En effet, les GTB peuvent désormais recevoir et traiter automatiquement des signaux de prix. Le mécanisme NEBCO (Notifications d’Échanges de Blocs de Consommation), mis en service le 1er septembre 2025, permet pour la première fois aux agrégateurs de valoriser sur les marchés SPOT non plus seulement des effacements, mais des décalages de consommation. En quatre mois, 230 000 nouveaux sites ont rejoint le dispositif, portant le total à 708 000 sites — soit le double de l’année précédente.
6. La PPE 3 et le TURPE 7 inscrivent la flexibilité dans le droit commun
La troisième Programmation Pluriannuelle de l’Énergie2, publiée en février 2026, consacre officiellement le développement des flexibilités de la demande (action « Appro Elec.4 »). La réforme des heures creuses, engagée depuis le 1er novembre 2025, doit progressivement déplacer des plages vers les après-midis et créer 5 GW de consommation redéployée à horizon 2027. Le TURPE 73 prévoit par ailleurs des heures creuses en journée pour le tertiaire, applicables entre mi-2027 et mi-2028.

- Baromètre des flexibilités de consommation d’électricité ↩︎
- PPE 3 : une transformation du système énergétique portée par l’électrification et le rôle stratégique du bâtiment ↩︎
- Turpe 7 : La nouvelle tarification de l’acheminement de l’électricité se déploiera progressivement pour les entreprises à partir de 2027 ↩︎

