Canicule et refroidissement : les datacenters face à un nouveau défi de résilience

Longtemps considérées comme des événements exceptionnels, les vagues de chaleur constituent désormais une réalité récurrente pour les exploitants de datacenters. L’été 2026 a confirmé cette évolution avec des températures record sur l’ensemble du territoire. Ainsi qu’une augmentation significative des besoins de refroidissement :
90 % du territoire français a connu au moins un épisode supérieur à 35°C et le seuil des 40°C a été franchi à 178 reprises au cours de l’été.
Dans ce contexte, la question n’est plus de savoir si les infrastructures seront confrontées à des épisodes de chaleur extrême, mais comment elles peuvent s’y adapter durablement. Le tout en maintenant leurs niveaux de performance, de disponibilité et d’efficacité énergétique. Les échanges entre les participants du concours CUBE Datacenter ont montré que cette problématique est désormais au cœur des stratégies d’exploitation et d’investissement du secteur. ,
Une équation complexe entre disponibilité, performance et efficacité énergétique
La hausse des températures extérieures impacte directement la capacité des systèmes de refroidissement. Lorsque l’air extérieur se réchauffe, l’efficacité des échangeurs diminue. Ainsi, le free-cooling devient progressivement inopérant et les groupes froids voient leurs pressions de fonctionnement augmenter jusqu’à atteindre parfois leurs limites de sécurité.
Les conséquences sont alors multiples :
- augmentation de la consommation électrique liée au refroidissement ;
- dégradation des indicateurs énergétiques tels que le PUE ;
- réduction des marges thermiques disponibles ;
- accélération du vieillissement des équipements ;
- risque de non-respect des engagements contractuels.
Plusieurs exploitants ont indiqué avoir observé des températures supérieures aux hypothèses de conception initiales. Certaines terrasses techniques atteignant ponctuellement plus de 50°C.
Cette évolution conduit progressivement le secteur à revoir ses standards de conception. Alors que de nombreux datacenters construits au début des années 2010 étaient dimensionnés pour des températures extérieures de 35°C, les projets récents sont désormais conçus autour de 42°C et certains acteurs considèrent que les futures infrastructures devront pouvoir fonctionner durablement jusqu’à 45 voire 47°C.
La maîtrise des flux d’air : premier gisement de performance
L’un des principaux enseignements des retours d’expérience présentés est que les gains les plus rapides et les plus rentables ne proviennent pas forcément du remplacement des équipements de production de froid. La gestion des flux aérauliques apparaît aujourd’hui comme un levier majeur de résilience et d’efficacité énergétique.
Les exploitants les plus performants ont engagé des actions concrètes :
- confinement des allées chaudes et froides ;
- suppression des recirculations d’air ;
- amélioration de l’étanchéité des salles ;
- installation de canopées pour limiter la réaspiration d’air chaud ;
- optimisation des distributions d’air sous plancher.
Ces actions permettent d’améliorer le rendement global du refroidissement tout en limitant les investissements sur les installations frigorifiques.
L’optimisation du Delta P : un levier souvent sous-estimé
Parmi les projets les plus remarquables présentés lors des échanges figure l’optimisation du Delta P et des réseaux de ventilation.
Plusieurs exploitants ont réalisé un travail approfondi d’équilibrage des pressions sous plancher afin d’adapter précisément les débits d’air aux besoins informatiques réels. Cette démarche s’est accompagnée d’un ajustement des vitesses de ventilation, d’une reconfiguration progressive des systèmes de soufflage et d’une cartographie détaillée de la distribution d’air.
Les bénéfices observés sont significatifs :
- réduction de la consommation électrique des ventilateurs ;
- meilleure homogénéité thermique ;
- diminution des points chauds ;
- amélioration du PUE ;
- augmentation des marges de fonctionnement en période de canicule.
Le retour d’expérience présenté par Digital Realty Paris 7 illustre particulièrement bien cette approche, avec une optimisation des vitesses de ventilation et un équilibrage des pressions ayant permis une amélioration mesurable des performances énergétiques.
Faire évoluer les consignes de température… avec les clients
L’un des sujets les plus débattus lors de la réunion concerne l’évolution des niveaux de température d’exploitation.
Historiquement, de nombreux datacenters fonctionnaient avec des consignes proches de 22°C afin de disposer d’importantes marges de sécurité. Désormais, plusieurs exploitants étudient ou mettent en œuvre des températures de soufflage plus élevées, de l’ordre de 24 à 26°C. Le but étant ainsi de réduire les besoins de refroidissement et d’améliorer l’efficacité énergétique globale.
Cette évolution technique soulève cependant un enjeu relationnel majeur : l’adhésion des clients hébergés.
Les échanges ont mis en évidence que de nombreux équipements informatiques peuvent fonctionner dans des plages de température plus larges que celles historiquement appliquées. Néanmoins, les exploitants doivent composer avec les engagements contractuels, les exigences internes des clients et les objectifs de disponibilité associés aux SLA (Service-level agreement).
Pour certains opérateurs, la difficulté n’est donc pas tant technique qu’organisationnelle. Faire évoluer une consigne de température nécessite :
- d’expliquer les bénéfices énergétiques et environnementaux ;
- de démontrer la compatibilité avec les recommandations constructeurs ;
- de rassurer les clients sur l’absence d’impact opérationnel ;
- d’intégrer ces évolutions dans le cadre contractuel existant.
Les participants ont unanimement reconnu que la performance énergétique future des datacenters passera par une collaboration plus étroite entre exploitants et clients IT. La flexibilité des charges informatiques, l’acceptation de températures légèrement plus élevées ou encore le déplacement de certains traitements non critiques vers les périodes plus fraîches constituent des pistes prometteuses mais encore peu déployées à grande échelle. ,
L’apport des études CFD et du pilotage par la donnée
Pour accompagner ces évolutions, les exploitants s’appuient de plus en plus sur les études CFD (Computational Fluid Dynamics) et sur les outils avancés de supervision énergétique.
Les simulations numériques permettent d’identifier précisément les phénomènes de recirculation d’air, les zones de stagnation thermique ou encore les effets du vent sur les terrasses techniques. Plusieurs exploitants ont indiqué que ces analyses avaient permis de prioriser efficacement leurs investissements et d’éviter des travaux peu performants.
Parallèlement, les plateformes d’analyse de données issues des BMS (Building Management System) permettent désormais de détecter les dérives, d’anticiper les situations critiques et d’optimiser les consignes de fonctionnement en fonction de la météo, de la charge informatique ou des performances réelles des équipements.
La résilience est aussi une question d’organisation
Les retours d’expérience montrent enfin que les meilleures performances sont obtenues lorsque les actions techniques sont complétées par une organisation adaptée.
La plupart des participants ont ainsi mis en place un véritable « Summer Plan » comprenant :
- audits pré-estivaux ;
- nettoyage préventif des échangeurs ;
- vérification approfondie des groupes froids ;
- tests des scénarios canicule ;
- contrôle des alarmes et indicateurs critiques ;
- renforcement des équipes d’exploitation pendant les épisodes de forte chaleur. ,
Certains exploitants réalisent jusqu’à trois opérations annuelles de nettoyage des batteries afin de préserver les performances frigorifiques nominales.
Chiffres clés
- 15 à 23% de consommations supplémentaires en moyenne observés sur le poste Utilités (refroidissement, CVC…) dans CUBE Datacenter sur les mois de juin et juillet 2026.

- 51°C observés sur certaines terrasses techniques de datacenters.
- 178 franchissements du seuil de 40°C enregistrés en France durant l’été 2026.
- 35°C → 42°C → 45-47°C : évolution des températures de conception des datacenters en une décennie, notamment pour les datacenters IA.
- 24 à 26°C : nouvelles consignes de soufflage envisagées pour renforcer la résilience tout en réduisant les consommations. ,
- Jusqu’à 3 nettoyages annuels des échangeurs réalisés sur certains sites dans le cadre des plans de préparation estivale.
Messages clés
- La canicule est devenue un risque opérationnel durable pour les datacenters. ,
- L’optimisation des flux d’air et du Delta P constitue aujourd’hui le levier le plus efficace pour améliorer simultanément résilience thermique et efficacité énergétique.
- Les températures de conception et d’exploitation évoluent progressivement pour s’adapter aux nouvelles réalités climatiques. ,
- La réussite de cette transition nécessite un dialogue renforcé entre exploitants et clients autour des niveaux de température acceptables et des implications sur les SLA.
- Les études CFD, la supervision avancée et l’intelligence artificielle deviennent des outils incontournables d’aide à la décision.
- Le refroidissement est désormais un sujet stratégique qui conditionne à la fois la performance énergétique, la continuité de service et la compétitivité des datacenters.
Le concours CUBE Data Center permet précisément de faire émerger et de partager ce type de retours d’expérience entre acteurs du secteur. En confrontant les pratiques, les candidats peuvent identifier de nouveaux leviers d’économies d’énergie tout en renforçant la résilience de leurs infrastructures.
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