Piscines et économies d’énergie : les 7 dérives invisibles qui coûtent des dizaines de MWh par an

12 février 2020

Un centre aquatique est l’un des équipements publics les plus énergivores d’un territoire. Pourtant, avant même d’engager des travaux lourds, une part significative des économies d’énergie se joue ailleurs : dans les dérives d’exploitation invisibles.
CTA mal réglées, pédiluves en purge continue, eau chaude surdimensionnée, éclairage non modulé… Certaines dérives peuvent représenter plusieurs dizaines de MWh par an sans que personne ne s’en aperçoive. Dans un contexte de décret tertiaire (–40 % d’ici 2030), identifier ces dérives devient un levier d’économies d’énergie stratégique et immédiat pour les gestionnaires de piscines.

Une dérive de 5 kW = 44 MWh/an

C’est l’un des exemples les plus parlants. Une dérive continue de 5 kW (CTA, pompe, résistance électrique, consigne mal réglée…) représente :

5 kW × 8 760 heures = 43 800 kWh/an
soit environ 44 MWh/an

À l’échelle d’une piscine ou d’un centre aquatique, cela peut représenter :

  • plusieurs milliers d’euros par an
  • l’équivalent de la consommation annuelle de plusieurs logements

Ces dérives passent souvent inaperçues car elles sont constantes, donc “intégrées” dans la consommation habituelle.

Les CTA qui fonctionnent 24h/24 sans optimisation

Les centrales de traitement d’air sont indispensables en piscine : hygrométrie, confort, sécurité sanitaire.

Mais on observe fréquemment :

  • marche en continu, y compris en période creuse
  • absence de modulation selon la fréquentation
  • sondes défaillantes
  • by-pass oubliés

Or, selon l’ADEME, le chauffage représente 43 % de la consommation énergétique du sport.

Une CTA mal pilotée peut donc peser très lourd dans la facture énergétique globale.

La température des bassins : 1°C peut tout changer

Diminuer la température d’un équipement sportif de 1°C permet en moyenne de réduire la consommation annuelle de 7 %.

En piscine, la température de l’eau est évidemment contrainte par :

  • les exigences sanitaires
  • les usages (bébés nageurs, aquagym, compétition)

Mais une révision fine des consignes (selon plages horaires ou typologie de bassin) peut générer des économies substantielles sans dégrader le service.

Les pédiluves en purge continue

Dans de nombreux centres aquatiques, le pédiluve est :

  • géré en débordement permanent
  • purgé trop fréquemment par précaution

Résultat :

  • des volumes d’eau (souvent chaude) évacués inutilement
  • de l’énergie perdue
  • des produits chimiques gaspillés

Le passage à une purge programmée et la réduction du volume utile peuvent générer des économies immédiates d’eau et d’énergie.

L’eau chaude des vestiaires : le poste sous-estimé

Dans le plan national de sobriété énergétique du sport, il est indiqué que :

  • 48 % des acteurs ont installé des dispositifs hydro-économes
  • seulement 24 % ont affiché des consignes sur la durée des douches

Autrement dit, plus de la moitié des équipements disposent encore d’un potentiel d’optimisation.

Limiter la température, installer des mousseurs ou temporisateurs, sensibiliser les usagers : ce sont des actions simples à fort impact.

L’éclairage non modulé

L’éclairage représente environ 18 % de la consommation énergétique du sport.

En piscine, on observe souvent :

  • éclairage constant indépendamment de la luminosité naturelle
  • absence de détecteurs de présence
  • puissance non modulée selon le niveau d’activité

Or, des retours d’expérience montrent que le passage en LED et l’installation de détecteurs peuvent générer 50 à 70 % de réduction sur le poste éclairage.

L’absence de sous-comptage hebdomadaire

La plupart des centres aquatiques suivent :

  • la facture globale
  • éventuellement quelques index mensuels

Mais sans sous-comptage par famille d’usage (CTA, chaufferie, traitement d’eau…), les dérives sont invisibles.

Mettre en place un rituel hebdomadaire de revue énergétique permet :

  • d’identifier rapidement une dérive
  • de corriger avant qu’elle ne s’installe
  • de sécuriser les trajectoires du décret tertiaire

Plusieurs retours d’expérience montrent que la correction de ces dérives peut générer 5 à 10 % d’économies dès la première saison, sans investissement lourd.

Piscines et économies d’énergie : la sobriété d’usage comme levier immédiat avant les travaux

La rénovation énergétique est essentielle à moyen terme :

  • isolation
  • renouvellement de chaufferie
  • récupération de chaleur
  • CPE

Mais ces démarches prennent du temps.

À l’inverse, la sobriété d’usage permet :

  • des gains immédiats
  • un retour sur investissement rapide
  • une mobilisation des équipes

Dans de nombreux cas, les centres aquatiques peuvent atteindre 10 à 20 % d’économies en optimisant simplement l’exploitation.

Conclusion : traquer les MWh invisibles dans les piscines pour réaliser des économies d’énergie

Le décret tertiaire impose –40 % d’ici 2030. Mais avant d’engager des millions d’euros de travaux, une question simple s’impose : Combien de MWh invisibles consomme aujourd’hui votre centre aquatique ?

Les dérives invisibles ne sont pas spectaculaires. Elles sont constantes. Et ce sont souvent elles qui pèsent le plus lourd.

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