Trop souvent ignorée, la qualité d’air intérieur peut, aussi, aller de pair avec l’efficacité énergétique dans les bâtiments tertiaires  

29 avril 2026

Réduire les consommations d’énergie tout en garantissant une bonne qualité d’air intérieur (QAI) dans le tertiaire : pour beaucoup de gestionnaires de bâtiments, ces deux objectifs semblent encore difficiles à concilier. Pourtant en s’inspirant des trois piliers d’une rénovation énergétique réussie pour l’appliquer à la QAI, on obtient une stratégie efficace qui repose sur :

  1. la sobriété,
  2. l’efficacité aéraulique,
  3. la filtration.  

D’un côté, le secteur tertiaire s’est engagé dans une trajectoire énergétique ambitieuse, avec un objectif de -40 % de consommation d’énergie d’ici 2030 avec le décret tertiaire. De l’autre, la qualité de l’air intérieur s’impose progressivement comme un enjeu majeur de santé publique. Cette double exigence transforme profondément la manière d’exploiter les bâtiments et d’embarquer le rôle des occupants. 

Une idée reçue persiste : améliorer la qualité de l’air ferait mécaniquement augmenter les consommations d’énergie. Les retours d’expérience montrent pourtant l’inverse. Lorsqu’elle est pilotée intelligemment, la ventilation devient un levier de performance globale. 

C’est précisément dans ce contexte qu’émerge une nouvelle approche : la sobriété aéraulique

Efficacité énergétique et QAI : un double défi pour les gestionnaires de bâtiments tertiaires 

Aujourd’hui, les équipes techniques doivent gérer une équation plus complexe qu’auparavant. Elles doivent réduire les consommations, tout en maintenant le confort et la santé des occupants. 

Ventiler mieux (au bon endroit, au bon moment, et au bon débit) pour trouver de nouveaux gisements d’économie d’énergie.  

Sur le terrain, les équipes font face à une tension apparente. Ventiler davantage peut sembler nécessaire pour améliorer la qualité de l’air. Mais ventiler davantage (ou trop ventilé par rapport à l’occupation réelle du site) signifie aussi chauffer ou refroidir davantage l’air soufflé. Les bâtiments tertiaires sont actuellement occupés entre 30 à 50 % de l’effectif nominal prévu. La ventilation mécanique est rarement asservie aux sondes CO2. Sur-ventiler de 30% par rapport à ce que le gestionnaire doit assurer réglementairement (débit réglementaire : 25m3/h/personne au code du travail) peut impacter de 1 à 3 % la consommation globale d’un bâtiment de bureau.  

Pourtant, les expérimentations menées dans des bâtiments tertiaires et des établissements scolaires montrent une réalité différente. Le véritable enjeu n’est pas de ventiler plus, mais de ventiler mieux (au bon endroit, au bon moment, et au bon débit). 

La sobriété aéraulique : le premier levier pour concilier qualité d’air et efficacité énergétique 

La sobriété aéraulique repose sur un principe simple : le meilleur débit d’air est celui dont on a réellement besoin, au bon moment et au bon endroit. Cette approche s’inspire directement de la logique de sobriété énergétique. Elle vise à adapter les besoins avant d’optimiser les équipements. 

qualité d’air intérieur et efficacité énergétique
Par m3/h, est entendu, la métrique d’un débit d’air neuf extérieur nécessaire pour renouveler l’air intérieur vicié. Par analogie, la métrique en énergie est la consommation énergétique en kWh.
Source Cerema/IFPEB 

Sobriété : Le rôle clé des occupants et des équipes 

Le 1er réflexe : réduire les pollutions à la source et aérer plus fréquemment  

La qualité de l’air ne dépend pas uniquement des équipements. Elle dépend d’abord des comportements. Par exemple, ouvrir les fenêtres plus fréquemment, mais moins longtemps, permet d’évacuer l’air vicié tout en limitant les pertes d’énergie. Cette pratique peut également réduire l’humidité intérieure et faciliter le maintien de températures de consigne plus basses. 

Ainsi, la performance repose sur une dynamique collective. Les occupants deviennent des acteurs de la qualité de l’air, au même titre que les exploitants techniques. 

Sobriété : mesurer pour agir, trois indicateurs simples de qualité d’air 

Pour rendre la qualité de l’air opérationnelle, les experts recommandent de suivre des indicateurs simples et mesurables dans le temps.  Trois paramètres permettent d’obtenir une vision globale de la situation : 

  • le dioxyde de carbone (CO₂), indicateur du renouvellement d’air ; 
  • les composés organiques volatils totaux (COVt) ; 
  • les particules fines (PM2,5). 
qualité d’air intérieur et efficacité énergétique
Synthèse pédagogique, à destination des exploitants et occupants, des seuils de QAI sur les composés parapluies – Source Cerema/IFPEB  

Ces indicateurs sont faciles à mesurer et compréhensibles par tous. Ils permettent donc de transformer un sujet complexe en objectif concret. Comme pour le 19 °C en énergie, fixer des seuils clairs agit comme un déclencheur d’action. Les équipes peuvent alors ajuster les réglages, sensibiliser les occupants et suivre les résultats. 

Efficacité aéraulique : ventiler mieux, pas forcément plus 

Dans un bâtiment, la ventilation a un impact direct sur la qualité de l’air. Elle permet notamment de réduire les concentrations de dioxyde de carbone et de particules fines. Cependant, une ventilation mal réglée ou mal entretenue peut devenir inefficace. Dans ce cas, elle consomme de l’énergie sans améliorer réellement la qualité de l’air. 

À l’inverse, une ventilation bien pilotée permet d’atteindre les objectifs sanitaires tout en maîtrisant les consommations. C’est pourquoi les retours d’expérience insistent sur une notion centrale : le débit juste, au moment juste. 

Ce que montrent les expérimentations sur le terrain 

Les retours d’expérience issus du Hub Air Énergie1  apportent des enseignements précieux. Ils montrent que la qualité de l’air et l’efficacité énergétique peuvent progresser ensemble. 

La ventilation améliore la qualité de l’air — mais ne suffit pas 

Les résultats observés confirment que la ventilation mécanique améliore significativement la qualité de l’air. Elle permet notamment de réduire les concentrations de CO₂ et de particules fines. Mais la ventilation mécanique n’est pas un blanc-seing pour la QAI. Elle ne garantit pas l’absence totale de COVt notamment lors des pics d’émissions. Une aération complémentaire reste nécessaire pour ces établissements scolaires suivis dans le Hub Air Energie afin de lisser les pics d’émission.  

qualité d’air intérieur et efficacité énergétique
Concentrations moyennes sur une semaine en hiver des COVt en fonction des débits réels constatés lors des diagnostics participatifs – panel restreint à 8 sites avec ventilation double flux à débits constants
Source Cerema/IFPEB 

Des pics de pollution peuvent persister, notamment pour certains composés organiques volatils. Dans ces situations, l’ouverture ponctuelle des fenêtres reste nécessaire pour évacuer les polluants. Autrement dit, la ventilation doit être complétée par une gestion active des usages. 

L’efficacité énergétique peut devenir un levier pour la qualité de l’air 

Historiquement, les organisations ont développé une forte expertise sur la maîtrise de l’énergie. Elles disposent déjà d’outils de suivi, de pilotage et d’analyse. Cette maturité constitue une opportunité. En effet, les mêmes méthodes peuvent être utilisées pour améliorer la qualité de l’air : 

  • définir des objectifs mesurables ; 
  • suivre des indicateurs dans le temps ; 
  • ajuster les réglages des installations ; 
  • impliquer les occupants. 

Ainsi, l’efficacité énergétique devient un levier de progrès pour la qualité de l’air. 

Le réflexe QAI doit s’intégrer dans l’exploitation des bâtiments 

À long terme, la performance repose sur la continuité des actions. Une installation bien conçue doit être maintenue et contrôlée régulièrement. Par exemple, il est recommandé de vérifier périodiquement : 

  • le bon fonctionnement des capteurs ; 
  • l’équilibrage des réseaux de ventilation ; 
  • les débits d’air aux bouches de soufflage. 

Ces contrôles permettent de garantir que les réglages restent adaptés aux usages réels du bâtiment. Ils contribuent également à maintenir la qualité de l’air dans la durée. 

Concilier qualité d’air intérieur et efficacité énergétique : une nouvelle compétence des équipes bâtiment 

La gestion des bâtiments évolue rapidement. Les équipes techniques doivent désormais intégrer la qualité de l’air dans leur stratégie de performance. Cette transformation ne repose pas uniquement sur des investissements. Elle repose surtout sur des pratiques nouvelles : 

  • mesurer régulièrement ; 
  • dialoguer entre services ; 
  • sensibiliser les occupants ; 
  • piloter les installations. 

Progressivement, la qualité de l’air devient un réflexe d’exploitation, au même titre que la sobriété énergétique. 

Passer de la théorie à l’action : tester la sobriété aéraulique sur votre bâtiment 

La meilleure façon de progresser reste l’expérimentation. Participer à une démarche collective permet de : mesurer les consommations réelles, identifier les leviers d’action, mobiliser les équipes et améliorer la qualité de l’air et la performance énergétique. 

C’est précisément l’objectif du Championnat de France des Économies d’Énergie. Organisée autour de ligues thématiques, cette grande compétition nationale transforme les occupants en athlètes et les bâtiments en terrain de jeu de la sobriété énergétique ! 

Pour aller plus loin : 

  1. Qualité de l’air intérieur (QAI) & Énergie : Comment concilier QAI et efficacité énergétique dans le tertiaire ?↩︎ 

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