Stratégie Nationale Bas Carbone : dernière ligne droite pour la SNBC3

23 février 2026

La Stratégie Nationale Bas Carbone (SNBC) est la feuille de route de la France pour lutter contre le changement climatique. Elle donne des orientations pour mettre en œuvre, dans tous les secteurs d’activité, la transition vers une économie bas-carbone, circulaire et durable.

La version 3 est en consultation, ce qu’il ne fallait pas louper !

Message 1 : La forêt souffre, priorité absolue à la réduction des émissions

La France avait annoncé à la base un alignement aux objectifs européen, donc -55% de gaz à effets de serre horizon 2030 (fit for 55), finalement on parlera de -50% hors puits de carbone. On parle de 5% de baisse par an jusqu’à 2030 puis 7% par an. Pour mémoire l’année du COVID nous étions à une baisse annuelle de 9,2% (2020), et les premières estimations pour 2024 sont de l’ordre de -1,8% (source : CITEPA).

Donc on cherche un facteur 6 en seulement 20 ans : bref une transformation profonde des secteurs.

Source : SNBC 3

Pourquoi raisonner désormais hors puits de carbone ?

Depuis plusieurs années, la forêt française souffre. Sécheresses sévères, vagues de chaleur longues, nuits chaudes répétées. Par ailleurs, les scolytes, chenilles et champignons prolifèrent davantage avec le réchauffement. Certaines régions enregistrent une mortalité des épicéas, sapins, pins ou hêtres multipliée par deux, voire cinq, par rapport aux années 2000. Enfin, les incendies aggravent encore la situation.

Ainsi, face à ces incertitudes, la SNBC3 choisit de concentrer l’effort sur ce qui peut être objectivé : la réduction directe des émissions. En d’autres termes, la décarbonation devient la priorité absolue.

Source : SNBC 3

Message 2 : On change le thermomètre avec l’empreinte carbone au lieu des émissions

Autre évolution majeure : la France devient le premier pays à se fixer un objectif de réduction de son empreinte carbone.

En 2024, elle s’élève à 8,2 tCO₂ par habitant, soit 563 MtCO₂. Cependant, 51 % de ces émissions sont importées. Jusqu’ici, seules les émissions territoriales étaient réellement prises en compte. Désormais, la consommation française dans son ensemble entre dans l’équation.

Source : SNBC 3

Ce choix est cohérent avec la volonté de réindustrialisation et de développement des centres de données. En effet, ces orientations impliquent une surconsommation estimée à +50 TWh d’ici 2030, soit environ +4 %. Raisonner en empreinte permet donc de valoriser une électricité bas carbone produite en France. Le raisonnement est stratégique.

Message 3 : si on recule sur l’ambition ZAN tout s’écroule

La SNBC a toujours affirmé que la baisse drastique de la consommation d’énergie constitue le premier levier de décarbonation. Moins il y a de kWh à produire, plus il est simple qu’ils soient bas carbone.

L’objectif de division par deux des consommations demeure. Pourtant, si l’on observe l’évolution depuis 1990, la consommation ne baisse quasiment pas. Certes, 2020 marque un recul lié au COVID. De même, 2023 connaît une baisse liée à la crise énergétique. Toutefois, hors contexte de crise ou de signal prix fort, la tendance reste stable.

Source : chiffres clés de l’énergie 2025, SDES
Source : chiffres clés de l’énergie 2025, SDES

Dans le bâtiment, le phénomène est particulièrement visible. À chaque kWh économisé sur le parc existant, un nouveau bâtiment apparaît et nécessite de l’énergie. L’étalement urbain compense donc une grande partie des efforts de sobriété.

C’est pourquoi la réussite du ZAN (Zéro Artificialisation Nette) devient centrale. En effet, si l’ambition ZAN recule, l’objectif de ZEN (Zéro Émission Nette) devient beaucoup plus difficile à atteindre. La priorité devrait donc rester le traitement du parc existant.

Message 4 : le DPE comme unique boussole

Historiquement, la SNBC visait un parc rénové au standard Bâtiments Basse Consommation (BBC) d’ici 2050. Cela signifiait des baisses de consommation de 40 à 60 %, équivalentes à une étiquette A au DPE.

Aujourd’hui, le standard BBC disparaît au profit de rénovations d’ampleur, définies par un minimum de deux sauts de classe Diagnostic de Performance Energétique (DPE). Par exemple, passer de F à D. L’objectif reste que les logements soient classés A, B ou C en 2050. Cependant, la baisse globale de consommation pourrait être plus limitée.

Le graphique apporte un indice important. L’essentiel de la baisse de consommation d’ici 2050 proviendrait de la chaleur de l’environnement captée par les pompes à chaleur (PAC). En effet, grâce à leur coefficient de performance, elles réduisent mécaniquement la consommation d’énergie finale.

Même si ce graphique intègre le développement des centres de données, difficile de comprendre si on compte sur l’isolation des bâtiments pour baisser les consommations. En tout cas ce qui est sûr :

  1. La SNBC prévoit une baisse de 24% de la consommation en 2050, c’est très peu mais tant mieux si on sait produire toute l’énergie bas carbone dont nous aurons besoin
  2. Si la chaleur de l’environnement est comptabilisée en ENR, le reporting à l’Europe sera plus simple

La SNBC se recentre sur son objectif = décarboner. Mais la question de qui payera quoi (tertiaire et résidentiel) et comment évolueront les factures énergétiques se pose.

On peut lire page 8 : « La facture énergétique des ménages devrait légèrement baisser à horizon 2030 avant de baisser fortement à long terme grâce aux économies d’énergie permises par la SNBC. »

Message 5 : en synthèse 3 mots – cohérence, résilience et renoncement

De la cohérence

Un plan clair et bien structuré avec beaucoup de cohérence. On souhaite se réindustrialiser et développer les centres de données donc on regarde l’empreinte, les forêts souffrent donc on objective surtout la baisse des émissions, on diminue l’ambition sur les rénovations donc on mise tout sur les PAC.

De la résilience

En filigrane, la SNBC laisse entendre que l’exécutif ne reculera pas sur les ambitions des réglementations majeures qui tiennent le tout : RE2020, ZAN, calendrier DPE, Décret tertiaire BACS sont cités comme pilier du château de carte donc on peut saluer le message volontariste.

Du renoncement ?

Renonce-t-on a considérer la filière du bâtiment comme une industrie ?

La SNBC mise finalement sur des industries : les pompes à chaleurs, les réseaux de chaleur…mais laisse penser que le secteur du bâtiment en charge de rénover le bâti existant est artisanal, diffus, donc on « continue les efforts » mais nous ne sommes pas sûrs du résultat. C’est en tout cas le gout un peu amer que me laisse ce document de planification.

Et vous, quel rôle pour les économies d’énergie ?

La SNBC3 recentre l’ambition sur la décarbonation. Pour un décideur, quelle est la stratégie à adopter sur un actif ? La sobriété, de partout et tout le temps : avant, pendant, après des travaux de rénovation énergétique permet d’embarquer dans la durée toutes les parties prenantes (propriétaires et occupants locataires).

👉 Et si la meilleure réponse restait l’action concrète ?
Le Championnat de France des économies d’énergie permet précisément de transformer ces objectifs nationaux en résultats mesurables sur le terrain.

Rejoignez le concours CUBE et devenez acteur de la SNBC avec une trajectoire décarbonée.

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