Water Usage Effectiveness : le WUE, nouvel indicateur stratégique des data centers

Le water usage effectiveness pour les data centers s’impose progressivement dans les débats du secteur. Après des années dominées par le PUE, la filière élargit désormais son regard. En effet, la performance environnementale ne se limite plus à l’énergie seule.
Ainsi, le WUE (Water Usage Effectiveness) devient un indicateur clé pour comprendre l’impact hydrique des infrastructures numériques. Toutefois, son interprétation est plus complexe qu’il n’y paraît.
Water Usage Effectiveness pour les data centers : définition et méthode de calcul
Le WUE mesure la quantité d’eau directe du data center par kilowattheure consommé par les équipements informatiques. Cet indicateur cible l’impact hydrique de l’infrastructure, un enjeu majeur avec la multiplication des datacenters dans des régions soumises à des stress hydriques. Il est fortement lié aux conditions climatiques et à la technologie de climatisation.
La formule est la suivante : WUE (l/kWh) = consommation d’eau / consommation IT
L’unité est généralement exprimée en litres par kWh. Cependant, contrairement au PUE, le WUE ne peut être interprété sans contexte.
Pourquoi la consommation d’eau d’un data center dépend du contexte ?
D’abord, tous les data centers ne fonctionnent pas selon les mêmes architectures. La consommation d’eau directe du data center est essentiellement liée aux process de climatisation (si utilisation de process adiabatique) et aux process de traitement de l’air des salles informatiques (humidification) :
- Consommation d’eau directe généralement mesurée au niveau du compteur général du data center.
- Bonne pratique : avoir des sous compteurs permettant de mesurer les consommations d’eau par process (humidification, climatisation, réseau incendie, sanitaires).
Le choix technologique de refroidissement influence fortement la consommation d’eau. Par exemple, les systèmes de refroidissement évaporatif utilisent l’eau comme levier thermique. Dans ce cas, le WUE reflète un arbitrage assumé entre efficacité énergétique et usage hydrique.
À l’inverse, certaines architectures dites water-free limitent l’eau sur site. Toutefois, elles peuvent entraîner une consommation électrique plus importante pour maintenir la performance thermique.
De plus, la densité IT joue un rôle déterminant. Plus la puissance installée est élevée, plus la dissipation thermique devient critique. Enfin, les conditions climatiques et le lieu d’implantation modifient profondément l’équation. Un data center situé en climat tempéré n’aura pas les mêmes besoins qu’un site implanté dans une zone chaude ou soumise à stress hydrique.
PUE vs WUE : vers une lecture multi-indicateurs
Historiquement, le PUE s’est imposé comme le repère structurant du secteur. Il mesure l’efficacité énergétique globale d’un site. Cependant, aucun indicateur unique ne peut résumer la performance environnementale d’un data center. En effet, réduire l’usage de l’eau peut augmenter la consommation électrique. À l’inverse, optimiser l’énergie peut nécessiter davantage d’eau selon la technologie choisie.
Ainsi, la question n’est pas seulement combien d’eau est consommée. Elle devient :
- dans quel contexte climatique,
- pour quel niveau de service,
- et en interaction avec quels autres indicateurs ?
Le WUE révèle donc un changement de maturité. Désormais, la performance environnementale se pilote de manière systémique.
WUE et performance environnementale : un enjeu stratégique pour 2026
Avec la croissance continue des usages numériques, la pression réglementaire et sociétale s’intensifie. Par conséquent, la transparence sur la consommation d’eau devient un sujet stratégique. Les travaux de normalisation ISO et les publications sectorielles montrent que le WUE s’installe durablement dans les référentiels. Toutefois, il ne s’agit pas d’établir un classement simpliste.
Au contraire, l’objectif est de comprendre les arbitrages technologiques. Cela implique de croiser efficacité énergétique, efficacité hydrique et continuité de service.
Ligue CUBE Data Center : intégrer le WUE dans une démarche globale
Dans ce contexte, la ligue CUBE Data Center s’inscrit pleinement dans cette logique de progression collective. Si le PUE reste un indicateur structurant, le WUE ouvre une nouvelle dimension. Il permet d’élargir la réflexion et d’intégrer la gestion de l’eau dans la stratégie environnementale. Ainsi, le sujet de l’eau ne constitue pas un indicateur isolé. Il marque une évolution vers une approche multi-critères et responsable.
A retenir
La technologie de refroidissement fait le WUE :
- Air/dry ou liquide en boucle fermée → WUE ≈ 0–0,2 L/kWh.
- Évaporatif (adiabatique, tours) → WUE ~0,2–2,5 L/kWh selon conception et météo.
L’ancienneté du data center seule n’explique pas le WUE : les nouveaux data centers peuvent consommer plus d’eau s’ils privilégient l’évaporatif pour baisser le PUE ; inversement, un parc existant peut réduire son WUE par rétrofit et pilotage.
Transparence limitée : en France, nous avons des volumes d’eau au niveau sectoriel (ARCEP) et des cas opérateur, mais peu de WUE officiels site‑par‑site publiés. Les choix d’architecture publiés donnent toutefois une bonne approximation des ordres de grandeur.
Pour aller plus loin :
- Vous souhaitez piloter vos indicateurs avec une vision globale et comparer vos performances dans un cadre structuré, rejoignez la ligue CUBE Data Center et participez au Championnat de France des Economies d’Energie.
- Sobriété énergétique et data centers : pourquoi la continuité de service n’est pas un frein


